lun
08
jun
2009
Chaque lundi Comores Hebdo vous emmène en reportage.

Le zoom d’un œil témoin.
« Que la montagne ne nous tombe pas sur la tête ! »
Fourtaleza, sent le « Fort Theresa » ou « Fortaleza ». Les uns disent que c’est le nom désigné d’une propriété des anciens navigateurs ou flibustiers espagnoles ou portugais qui rodaient dans le coin et qui avaient fini par élire domicile dans la baie de Mutsamudu après un naufrage. Leur navire aurait été surpris par les vents violents du Kashkazi. Une frange de l’opinion soutient le contraire. Des gentils anglais échoués dans la baie de Mutsamudu et qui ont trouvé refuge à Mutsamudu. La peur de l’étranger et la méfiance arabe de la population autochtone mais hospitalier, a motivé les maitres de la cité de les installer derrière les remparts de la ville-forteresse de Mutsamudu.
Les deux thèses se rejoignent à un détail près. Fourtaleza, a le gout européen, par la présence du seul cimetière « pour blanc ou chrétien ». Je rajoute avec raison que Fourtaleza, est une cité-cimetière entre Pagé et Habomo. Tellement accidentée et dangereuse pour avoir vu ma grand-mère tremblée de peur à l’idée d’y emprunter ce tronçon pour aller rendre visite à sa nièce à Haïbara – Pagé en 1981.
En 2009, La cité-cimetière accueille bien des morts non musulmans, mais aussi des bons portants musulmans en marge de toute assistance sociale ou en manque d’espace habitable, ailleurs. La colline d’en face rongé par l’érosion naturel et l’autre usure provoquée par l’ignorance humaine.
Plus de 200 âmes ont élu domicile dans ce bout de terrain conquis après le passage de l’entreprise française E.A.Dodin, qui aménageait le port de Mutsamudu dans les années 80.
Un nouveau quartier sous une montagne tombante. Ici, celui qui a les sous peu construire sa tombe tranquille, car l’Etat est absent. « On verra l’Etat par ici, le jour où la montagne nous tombera sur la tête. » me confie d’un ton moqueur un riverain.
Effectivement, Fourtaleza et sa population mort ou vivant sont menacé par la colline de Bandrankowa qui leur tombera un jour sur la tête, non seulement les pouvoirs qui se sont succédés au pays ont encouragé l’occupation de cette zone faisant partie du pas géométrique sensé être la propriété de l’Etat et de surcroit jugé dangereux, vient s’ajouter l’irresponsabilité de l’homme qui anticipe la catastrophe.
Sous un soleil de plomb, j’ai surpris deux jeunes hommes qui ont carrément fait de l’aval de la colline une source de revenu en creusant d’avantage la roche pour récupérer sable et gravillon. Deux matières de construction très prisée. Je me suis étonné de voir cela. Ces deux hommes n’avaient même pas besoin de creuser le lit de la montagne, car après tout, chaque jour, Bandrankowa perd ses forces et sa verdure par les salves nocturnes (ou parfois même en plein jour), qui tombent juste à quelques centimètres des habitations au bas de la montagne. En se séparant d’une partie de sa roche et de sa terre ou par l’érosion naturelle, ou par la parfaite chef d’œuvre macabre laissé par le développement portuaire.
N’est ce pas criminel de laisser des gens habités dans les environs ou laisser des laisser pour compte limer la montagne au point de leur tomber en premier dessus avant de ravager une centaine de maisons ? Celui qui s’obstine à dire que jamais cela n’arrivera, devrait réfléchir sur une question que m’a posée un ami qui passe des vacances à Fourtaleza depuis bientôt un mois : « Et si ça arrive demain ? Que ferions-nous et qu’est ce que l’Etat trouvera comme argument pour se justifier ? » Franchement, moi-même je ne sais pas, une chose est sûre, Sambi ne fera pas le déplacement pour aller voir de visu ce que se passe là-bas, à en croire Abdou un riverain, « nous ne sommes pas nombreux. Nous ne représentons rien en matière d’électorat. Qui s’occupera de nous ? Personne ! » Et d’ajouter ironiquement, « Mbaldé le tout nouveau directeur des travaux public, n’a pas le temps d’y jeter un coup d’œil. Tellement il y a des trous à boucher sur la chaussée que… la montagne peut nous tomber sur la tête. Ce n’est pas une priorité, Sambi ne passe pas par là ! Nous vivons par nos seules prières quotidiennes ; que la montagne ne nous tombe pas la tête. »
KAY
Comores News


